ALE
Association des libéraux de l’Eure
Réunion du 30 Mai 2007 à Heudebouville
Intervenant : Françoise Miquel, candidate UMP (4° circonscription de l’Eure)
Thème : Quel rôle pour l’Etat.
« Quel rôle pour l’Etat ?».
Lors de sa réunion du 30 mai l’Association des libéraux de l’Eure (ALE) avait demandait à Françoise Miquel, candidate UMP de la
4ème circonscription de l’Eure de définir sa vision de l’Etat et de son rôle.
Une trentaine de personnes ont assisté à la réunion qui s’est tenue à la maire d’Heudebouville et face aux libéraux qui
souhaitent voir la place de l’Etat se réduire alors qu’elle ne cesse d’envahir de plus en plus la société civile, Françoise Miquel dont on ne saurait dire qu’elle souhaite un Etat omnipotent, a
tenu à souligner l’importance d’une bonne analyse de la situation.
Si on devait résumer son intervention en deux mots nous pourrions dire : « connaître le terrain et en jouer avec
pragmatisme ».
Profession de foi.
Françoise Miquel (FM) commence par une profession de foi énergique qui étonne son auditoire : « je suis
une libérale convaincue depuis toujours » ; et être Libéral(e) dans ce pays est inconfortable. Pour l’être sans regret elle donne 3 solutions :
1/ émigrer
2/ posséder le pouvoir
3/ Essayer de convaincre les autres ; ce que fait l’association des Libéraux de l’Eure.
Pour Françoise Miquel, le Libéralisme c’est d’abord une conception politique avec des implications économiques. Elle croit
au libre-arbitre de chaque individu et se sent assez « exotique » dans ce pays où l’on constate une atténuation de la responsabilité personnelle. Françoise Miquel donne l’exemple des
banlieues, où certains s’en sortent et d’autres virent dans la délinquance, rejetant la responsabilité sur la « société ».
L’homme est libre de choisir (le bien ou le mal), c’est pourquoi Françoise Miquel parle de la dimension éthique du
Libéralisme
FM a noté dans sa déjà longue carrière dans les rouages de l’Etat, qu’il y avait des gens au talent individuel certain, mais que
leur activité collective était nulle.
Pour elle, l ‘Etat doit d’abord être le catalyseur de tous les talents .
Il y 15 ans on disait ; « l’Etat doit se limiter à ses fonctions régaliennes. Mais quelles sont ces fonctions
régaliennes interroge-t-elle?
Elle donne l’exemple du chèque éducation mis en place dans certains pays( aucun contrôle de l’Etat). Doit-on suivre cet exemple
ou garder l’éducation comme une prérogative de l’Etat ? (ce qui semble être son opinion…)
Elle observe qu’il y a de la part des Français, une demande d’Etat. Car la France à la différence d’autres nations s’est
construite par l’Etat. (c’est un fait historique dit-elle).
Pour les Français, l’Etat et la France sont indissociables.
Il est donc difficile d’y introduire le Libéralisme.
Inutile de rêver, regardons les faits : «il y a en France une forte demande d’Etat » ; c’est tout à la
fois une résultante de notre histoire et de notre culture. Refuser de voir cette situation, c’est risquer l’échec comme l’a subi Villepin avec le CPE, comme l’a subi Juppé en d’autres
temps.
Il y a toujours un grand écart entre ce qui est proposé et ce qui est perçu, une bonne partie de ce qui a été dit sur le CPE
dans les manifestations était parfaitement inexact mais il faut accepter qu’en politique « l’important ce n’est pas le fait, c’est le ressenti » et si on ne tient pas compte de
cela on va droit au mur. Pour proposer une mesure il faut d’abord « bien analyser les contraintes ».
« Si on veut que le libéralisme ait des chances, il ne faut pas brutaliser les Français ».
Le rôle de l’homme (femme) politique
Françoise Miquel donne au passage sa vision du leader politique auquel elle assigne : « le rôle de guide, c’est
lui qui doit avoir la vision et qui accepte de prendre en charge cette lourde fonction ». Car les gens aiment savoir où ils vont qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un pays.
Nous nous permettons de souligner que c’est là une vision totalement opposée à celle de Ségolène Royale et sa technique de la
démocratie participative, sa volonté d’écoute dont on a vu l’échec (mais 47% des gens optent quand même pour cette voie).
L’Europe
Selon son analyse, le referendum sur l Europe a été perdu parce que personne n’a su donner du sens à la construction
européenne, les électeurs se sont rendus compte qu’en la matière on ne sait plus où on va. Le politique a oublié d’éclairer le chemin et de leur dire que l’objectif était de construire une
société humaniste au cœur de laquelle se situe l’homme. Les électeurs n’ont perçu qu’une Europe technocratique et l’ont rejetée.
Ce qui ne manque pas d’être paradoxal c’est que les Français imaginent l’Europe comme la France en grand, sans se rendre compte
que les Européens, eux, sont libéraux.
Il manque aux Français la culture du consensus, ce sont des idéalistes en quête de vérité et une fois qu’ils croient l’avoir
trouvée, ils souhaitent que tout le monde y adhère. C’est un peu ce que l’on appelle « l’arrogance française », ce besoin de faire adhérer les autres à l’idée que nous nous
faisons des choses. Notre absence de culture du consensus nous amène à rechercher en permanence l’arbitrage de l’Etat.
Si le referendum sur l’Europe a échoué, elle rappelle qu’elle a monté la campagne pour le lancement de l’euro et que ce fut un
succès. Les actions qu’elle a proposées au moment du référendum ont été rejetées et finalement le vrai débat n’a eu lieu que sur internet.
Enseignement
Françoise Miquel est bien consciente de l’inadaptation de l’Education nationale aux besoins du pays, elle constate que
l’enseignement représente 20% du budget de l’Etat et que ce n’est qu’une machine à fabriquer des frustrés. Il y a une grande carence en ce qui concerne l’orientation des élèves. Quant à la
formation permanente, elle n’est jamais évaluée.
Selon Françoise Miquel : « la vocation de l’Etat est d’aider à épanouir les talents individuels pour produire de
la performance collective », analyse qui a suscité quelques remous dans l’assemblée.
Où s’arrête le rôle de l’Etat ?
Pour Françoise Miquel, il ne saurait y avoir de réponse toute faite et cela dépend de la demande des citoyens. On pourrait
pensait qu’un sujet comme la mort est strictement personnel et pourtant on voit bien que l’Etat va être obligé de légiférer sur l’euthanasie.
La puissance publique ne peut pas se désintéresser de l’impact de la démographie qui bouleverse tous les équilibres qu’il
s’agisse des retraites ou de la santé. Il n’y a en quelque sorte pas de limite à l’intervention de l’Etat dans un pays aussi demandeur que le nôtre, l’essentiel dans cet interventionnisme c’est
de ne pas oublier la subsidiarité, c'est-à-dire que les décisions puissent être prises aussi près que possible des lieux et des gens concernés.
La première de responsabilités d’un Etat c’est de montrer aux citoyens le monde tel qu’il est et où il va. Mais il doit faire
avec un consommateur schizophrène qui d’un côté il compte ses sous et achète au moins cher les produits asiatiques et de l’autre s’indigne des conditions de travail des salariés chinois.
Impuissance de l’Etat et des politiques
Il faut savoir que les dirigeants de l’Etat n’ont qu’une très faible marge de manœuvre, sur un budget de quelque 375 milliards
d’euros plus de 300 milliards sont déjà affectés (salaires, retraites etc.) résultat la marge de manœuvre du gouvernement n’est que de 30 milliards.
Si les marges de manœuvre financières sont étroites, il en va de même sur le plan humain. Les corporatismes sont si puissants
que les ministres ont bien souvent de la peine à appliquer la politique qu’ils ont choisie si l’administration n’en veut pas.
L’Etat ne pratique aucune gestion des compétences, il est complètement dépendant des corporatismes et le nombre des places est
déterminé entre le X, les énarques et autres grandes écoles, il n’y a donc pas de gestion de l’administration. Nous sommes dans un monde d’imposture.
Ne pas prendre de front
L’Etat vit dans la peur des mouvements sociaux et nombre d’entre eux sont étouffés dès leur naissance, ainsi on n’entend guère
parler des grèves des contrôleurs aériens car par crainte du conflit on leur donne immédiatement ce qu’ils veulent bien qu’ils aient déjà un statut exceptionnellement privilégié.
Christian Sauter a perdu son poste pour avoir voulu réformer Bercy ce qui a pu être fait quelques années après en douceur, par
le biais d’une réforme des systèmes informatiques. Il a été pris dans le collimateur d’un syndicaliste.
Echec de Francis Mer qui n’a rien pu faire.
Combattre l’idéologie
Une des définitions de l’intelligence c’est que l’intelligence est l’art du détour et c’est ce que suggère Françoise Miquel.
Pour pouvoir agir il ne faut surtout pas prendre les opposants de front, car alors c’est le conflit social dont on ne sait jamais jusqu’où il va dégénérer. Il faut intervenir par des biais, en
changeant la situation, en amenant une nouvelle approche technologique, en permettant une autre analyse des faits ; en fait, il faut combattre l’idéologie. Utiliser par exemple une démarche
qualité à l’intérieur de l’administration, mettre en place des certifications, une telle approche semble de nature à permettre le changement.
Les grèves ont disparu de la télévision nationale grâce à la multiplicité des chaînes, les téléspectateurs ne risquent plus de
rester devant un écran noir, ce qui explique que la dernière de FR3 a été un échec complet.
Les impôts se sont réformés de manière très positive grâce au service des renseignements ( téléphoniques et internet) mis au
point par Bercy, ce qui a permis d’améliorer la performance de l’information à destination des personnes. On a enfin réussi à établir la convergence entre le Trésor et le service qui calcule les
impôts.
La mensualisation des impôts a permis de court-circuiter l’impact des grèves.
La LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) va obliger à étudier chaque nouvelle dépense de l’Etat, on va devoir
réévaluer les actions publiques
S’il s’avère difficile de définir le périmètre de l’Etat pour Françoise Miquel, celui-ci a pour vocation de créer des
effets de levier, de faire de l’ingénierie. Elle voit un Etat stratège qui doit aider à la transformation des structures et pour cela il faut qu’il ait des troupes légères.
Le bon deal c’est de supprimer un fonctionnaire sur deux et de redistribuer le gain fait par l’Etat en augmentation de salaires
pour les fonctionnaires.
Parmi les grandes carences de notre pays elle soulignera le manque de courage des politiques, l’impossibilité de mener une
réelle transformation quand les ministres restent en moyenne moins de 18 mois au pouvoir et ajoutons la grande ignorance des Français en matière de culture économique.
En conclusion :
On ne peut dans ce pays ignorer la demande de social : vie de famille, vieillesse, fin de vie , santé, accidents de la vie
professionnelle.
L’Etat au 21ème siècle, pour Françoise Miquel, ne peut se limiter à ses fonctions régaliennes classiques :
justice, éducation, défense.
La question qui se pose est de savoir à quel niveau chaque question doit être traitée : Etat, collectivité locale, et de
définir les responsabilités de chacun à chaque niveau, ce qui n’est pas le cas actuellement.
Les politiques ont été très lâches depuis 20 ans en refusant de dire la vérité aux Français ; il y a donc un gros travail
d’éducation à réaliser ; il faut expliquer aux Français les réalités économiques et sociales (par exemple la mondialisation ,
préférée sous son appellation anglo-saxonne de « globalisation » par Françoise Miquel).
Mais pour faire, et réussir les nécessaires réformes, le politique ne peut agir sans détour, car les Français n’y sont pas
prêts.
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